La musicothérapie, ou quand Mozart devient votre thérapeute

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Duke Ellington se plaisait à dire qu’il « n’existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise ». Il convient d’en ajouter ici une troisième : celle qui guérit. C’est bien connu, la musique adoucit les mœurs, et nombreux sont ceux qui l’utilise pour se calmer, s’évader ou encore se motiver. Elle peut tour à tour énerver ou rendre mélancolique, mais elle ne laisse quasiment jamais indifférent. Son impact sur la psyché est incontestable, et certains professionnels de la santé ont eu l’idée de s’en servir à des fins thérapeutiques.

Alors la musique peut-elle guérir ? En partie oui, autrement la symphonie serait trop belle et l’orchestre bien habile…

Des sociétés primitives à la musicothérapie, il n’y a qu’un pas

Associer la médecine à la musique : contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’idée n’est pas  récente. Vous même, sans être nécessairement médecin, vous vous en servez instinctivement afin de ressentir certaines émotions. Bien avant vous, certaines sociétés primitives l’auraient utilisée pour traiter les tensions sexuelles. Quant aux penseurs de la Grèce antique, ils considéraient la musique comme une science à part entière. Les différents genres étaient associés à un sentiment bien particulier. Elle avait également une place importante dans l’éducation des enfants : tel genre prédisposait au courage, tel autre à la mollesse, au plaisir, etc…

En Chine, les notes étaient associées aux éléments : le Mi au bois, le Sol au feu, le La au métal etc… Mais aussi aux organes : vous saurez dorénavant que le Do correspond à l’intestin grêle.

La musicothérapie n’arrive que bien plus tard dans l’Hexagone, à savoir dans les années 1940-1950. On la doit à Jacques Jost (ingénieur du son) et Edith Lecourt (professeur de psychologie et psychopathologie clinique) qui font alors le pari de pouvoir soigner par les sons. La musique est douce, mais tient-elle ses promesses ?

Quelles applications thérapeutiques ?

Que les choses soient claires d’entrée de jeu : la musique ne soigne pas, elle n’est là que pour accompagner un traitement. C’est le sujet qui est au centre de sa thérapie. N’allez donc pas croire que votre musicothérapeute va vous prescrire un Louis Armstrong à écouter avant chaque repas, complété par un Beethoven au lever et au coucher. Ce serait trop beau pour être vrai. La Fédération Française de Musicothérapie définie la discipline ainsi :

« La musicothérapie est une pratique de soin, d’aide, de soutien ou de rééducation qui consiste à prendre en charge des personnes présentant des difficultés de communication et/ou de relation. (…) La musicothérapie s’appuie sur les liens étroits entre les éléments constitutifs de la musique, et l’histoire du sujet. Elle utilise la médiation sonore et/ou musicale afin d’ouvrir ou restaurer la communication et l’expression au sein de la relation dans le registre verbal et/ou non verbal. »

Cette définition est cependant incomplète, sons et rythmes possèdent une gamme de propriétés bien plus large. Leurs effets sur le système nerveux central permettent une action contre le stress et l’anxiété.

Une musique adéquate peut vous atteindre en plein cœur : c’est en l’émotion qu’il suscite que l’art trouve sa raison d’être. Ainsi la musique peut être un moyen efficace de sortir quelqu’un de son isolement. Idéal donc pour les personnes ayant des difficultés pour communiquer. L’enfant autiste démontre une grande sensibilité à la musique, certains stimuli sonores permettant une réduction de l’anxiété face au monde extérieure, améliorant par la même occasion les capacités sociales. De même on a constaté une amélioration de la mémoire chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Vous même ne retenez-vous pas mieux une information lorsque vous la chantez ?

Là où la simple ballade devient plus rock’n’roll, c’est quand l’on sait que les effets sont aussi physiologiques. Une musique relaxante par exemple permet une diminution du taux de cortisol (l’hormone du stress), et dans le même temps une libération des endorphines (aux propriétés euphoriques, anxiolytiques, antalgiques, et anti-fatigues).

Enfin danser sur un rythme entraînant comme le rock améliorerait la coordination motrice des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Par ailleurs, garder une activité physique régulière est nécessaire pour ne pas que les muscles profonds du corps ne fondent. Mick Jagger lui même n’y avait sûrement pas pensé lorsqu’il fonda les Rolling Stones.

Êtes-vous actif ou passif ?

Malgré ses airs fantaisistes, la discipline requiert une précision de métronome. Le praticien, à la fois musicien et psychothérapeute, va alors identifier vos besoins lors d’une première séance. Il va ainsi tester votre sensibilité à la musique via quelques exercices musicaux. Vous choisirez un instrument et essayerez d’exprimer ce que vous ressentez non plus avec des mots mais avec des notes et des rythmes. Pas de panique, vous ne serez pas noté et il n’est pas nécessaire de savoir ressortir tout le répertoire de Bob Dylan à la cornemuse.

Selon votre personnalité et vos objectifs, le musicothérapeute déterminera alors quelles activités vous correspondront le mieux : l’approche active ou bien passive. Dans le cas d’une approche active,  vous vous exprimez  par l’intermédiaire d’un instrument, de la voix, ou de toute autre production sonore. Idéal si vous êtes à court de mots ! On change de disque avec l’approche passive où il n’est plus question ici de faire de la musique mais bien de l’écouter. La musique n’est plus un moyen d’expression mais un stimuli, de votre mémoire par exemple, afin de faire resurgir certaines émotions. Ici encore les applications sont nombreuses.

La musicothérapie est une discipline encore très négligée par les professionnels. Mais le même refrain se répète sans cesse : les médecins vont à leur rythme et une discipline trop jeune met quelques années avant de s’imposer. Il vous appartient d’y recourir par vous même, puisque vous connaissez désormais la chanson…

 

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2 commentaires

  • Cet article est très intéressant et stimule ma réflexion. La musique soigne puisque que le mot thérapie est associé à celui de musique pour donner cette science : la musicothérapie. Effectivement, il est préférable de l’intégrer dans un traitement d’ensemble pour obtenir des résultats plus marquants. Dans son livre Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud parle du Toucher et du Regard en tant qu’excitations libidinales. Les pulsions sont sublimées dans l’art lorsqu’elles sont détournées des parties génitales pr l’ensemble du corps. Ce qui fait dire à Freud que le concept de « beau » a donc son origine ds la stimulation sexuelle. Je pense que l’ouïe est également sensible, au même titre que les autres sens, à ce concept. Une voix au téléphone nous apparaîtra plus chaleureuse, plus charmeuse qu’une autre. Elle éveillera des stimulations libidineuses, conscientes ou non, qui mettront nos affects en émoi. Pour la musique, le même processus psychique est en action. Le plaisir d’écouter une « belle » musique satisfait une pulsion sexuelle et permet au psychisme de diminuer ses tensions. La musique en tant que médiateur ? Effectivement, pour les personnes ayant des difficultés de communication, elle devient le moyen de partager des émotions avec l’environnement, lorsque les fonctions cognitives du langage font défaut. Merci donc Stéphane pour cet article qui m’a permis de sublimer ma libido.

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